En guise de voeux, voici le texte que j’ai adressé à Dominique Piot, Rédacteur en Chef-adjoint du Journal de la Haute-Marne, le 31 décembre 2013.

Au rang de ceux qui méritent aussi un coup de chapeau 2013 et qui entreprennent pour que la Haute-Marne s’en tire, quitte à être un peu isolé, j’aurais volontiers ajouté Damien Favrel à la liste que tu proposes. Non pas pour son intrusion dans l’univers de la téléréalité, pour laquelle j’ai peu de goût et qui ne regarde que lui, mais pour la fraicheur et la lucidité de son propos (voir le JHM du 27/12 ) et sa vision d’une union producteurs-consommateurs . Quel dommage qu’un garçon comme lui ne rêve son avenir qu’en «commercial» (même s’il en faut) !

Cette page du «monde rural» pourrait aussi être celle de l’outil industriel français. Mêmes maux, même combat ! Notre Pays se meurt de l’indifférence envers l’autre, d’un individualisme forcené, de la perte des valeurs véritables et de l’incompréhension des phénomènes économiques.

En réalité, alors que chacun réclame le contraire dans tous les domaines, notre salut tient à quelques heures de travail en plus, pour le même salaire ( et non pas du partage du travail ! ) d’un peu de discernement dans notre comportement d’acheteur et de … quelques dizaines de centimes d’euros payés à nos éleveurs pour leur lait .
Il conviendrait bien sûr que nos gouvernants, et j’inclus ceux d’hier et de demain, mettent en place un plan d’urgence, assorti d’une vision à long terme, lisible par chacun de nos concitoyens (et accessoirement hors de nos frontières) et mettent fin au jeu des promesses irréalisables ; Enfin nos médias cesseraient leur course aux petites phrases ou gestes (!) pour s’attarder sur le «dur», sur l’essentiel, en proposant une information pédagogique en lieu et place de l’avis de « madame Michu », à propos de chaque évènement, ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion.

Le consumérisme «à tout va» doit faire place au retour d’un comportement citoyen lorsque la Nation est en danger, et cela de la part de chacun des acteurs quel que soit son niveau ; cela s’est appelé en d’autres temps et lieux «l’Union Sacrée».

Le problème actuel de la France, c’est que peu sont ceux qui mesurent la gravité de la situation, tant le système financier international masque, par un mécanisme virtuel de crédit à bon marché, le décalage entre notre niveau de vie et nos moyens réels. Il suffisait d’un petit effort à l’origine, il nous faudra demain une véritable mise à la diète pour retrouver nos équilibres fondamentaux.

Nous avons tué notre outil industriel en asseyant notre système social sur le coût du travail. Aujourd’hui, pour un part pris idéologique, dans un conservatisme béat, nous refusons d’y substituer la TVA, qui possède le double avantage de rendre plus compétitif – et moins cher – le made in France et de faire contribuer les produits étrangers à bas coût de main d’œuvre à notre bien-être social ; Tout cela parce que 9O % de la population, (dont une bonne part de ceux qui nous gouvernent, je l’ai testé !) ignore comment fonctionne le compte d exploitation d’une entreprise.

Pour toutes ces raisons, je crois que si on expliquait à nos congénères qu’il faut choisir le pack de 3 litres de lait avec un petit drapeau tricolore dessus, même s’il leur en coûte 1 euro de plus, pour que nos paysans vivent plus heureux (ou puissent vivre tout simplement), pour que les prairies du Bassigny ou du Val d’Esnoms ne soient pas retournées pour faire de la céréale, sans doute l’accepteraient-ils !… Savent-ils que si nous orientions 2O % de nos achats actuellement importés vers des marchandises françaises, nous rééquilibrerions notre balance commerciale ?!

C’est ce que font discrètement la plupart de nos voisins européens (pour la TVA comme pour le protectionnisme larvé), sans faire de bruit, alors que nous tonitruons à la Montebourg, sans effet, car nous n’expliquons pas les choses et continuons à regarder seulement le contenu immédiat de notre porte-monnaie dans un court-termisme affligeant ; (je sais c’est plus facile à dire lorsqu’on gagne trois fois plus, mais ce n’est pas une raison pour se taire et en continuant à chanter «tout va très bien madame la marquise !» )

Mon propos s’éloigne sans doute de notre beau département, au goût de certains ; je leur répondrai : pas tant que cela, car lorsqu’un pays est en crise, ce sont les plus démunis qui trinquent ! Etant en crise dans la Crise ne pourrions-nous pas être les précurseurs de cette révolution qui viendra tôt ou tard ? Car il sera plus difficile de reconstruire à partir du néant…

Notre belle terre, ses femmes et ses hommes, produisent encore du fromage IGP ; si demain les prairies sont labourées, c’est autant de valeur ajoutée issue de cette valorisation qui se volatilisera. C’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire.

Si le consommateur s’y refuse, le citoyen doit en convaincre les transformateurs et les distributeurs, au lieu de focaliser son ire sur les chiffons rouges qu’agite un certain populisme (voir l’épisode de la pourtant nécessaire eco-taxe. A trop enfoncer le bonnet, on finit par se masquer la vue et ne plus voir l’essentiel…) Il a certes besoin à cet égard du politique, mais aussi et surtout du nouveau pouvoir qui s’est fait jour dans notre société moderne, je veux nommer «l’Opinion» et son corollaire, l’information.

Pour cela, il est nécessaire que les médias fassent le choix très clair de l’intelligence collective, même si ce n’est pas le chemin le plus facile, celui de l’éducation du «peuple» (au sens noble et ancien du terme), du respect du politique qui est son émanation et son garant, plutôt que celui du discours et du relais d’une certaine finance aseptisée et ses lobbies et de la technocratie qu’elle a engendrée.

Que 2O14 soit l’année de cette révélation !

Charles GUENÉ
31/12/2013

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Ce billet a été publié le mardi 7 janvier 2014 à 16 h 06 il se trouve dans la catégorie Actualités, La Haute-Marne, actualité et prospectives.